
La Grande Transmission : un phénomène inédit par son ampleur
Dans les quinze prochaines années, la France va connaître un phénomène inédit par son ampleur : la plus grande transmission patrimoniale de son histoire moderne. Les économistes la nomment déjà « la Grande Transmission », et les chiffres donnent la mesure du choc à venir : entre 5 000 et 9 000 milliards d'euros devraient être transmis d'ici à 2040. Chaque année, ce sont désormais 400 milliards d'euros qui sont hérités, et ce flux pourrait atteindre 670 à 700 milliards d'euros par an en 2040, soit près d'un quart du PIB français.
La concentration du patrimoine chez les baby-boomers
Pourquoi un tel impact patrimonial ? Ce transfert s'explique d'abord par la concentration exceptionnelle du patrimoine chez les baby-boomers, nés entre 1946 et 1964. Les plus de 70 ans détiennent aujourd'hui un quart du patrimoine français, majoritairement immobilier. Les plus de 50 ans possèdent 70 % du patrimoine total, soit environ 15 000 milliards d'euros en 2024. Grâce à la croissance des Trente Glorieuses et à l'envolée historique des prix de l'immobilier, les baby-boomers ont accumulé 20 % de richesse de plus que la génération précédente.
Les deux piliers de la Grande Transmission : immobilier et assurance-vie
La Grande Transmission qui s'annonce d'ici à 2040 repose principalement sur deux piliers. L'immobilier constitue la pierre angulaire du patrimoine des ménages : il représente environ 70 % de leur richesse. Plus de la moitié des 9 000 milliards d'euros transmis sera donc d'origine immobilière.
L'assurance-vie, avec près de 1 950 milliards d'euros d'encours en 2025, jouera également un rôle majeur : plus de 50 % des ménages aisés de plus de 60 ans en détiennent une, ce qui facilite une transmission fiscalement avantageuse. Toutefois, plus de 60 % de ces encours sont investis dans des fonds en euros qui offrent sécurité et liquidité, mais restent peu dynamiques et financent majoritairement la dette de l'État plutôt que les entreprises.
Du patrimoine figé au capital vivant : repenser notre modèle d'épargne
Ce transfert historique est l'occasion de se poser les bonnes questions. Pourquoi reproduire mécaniquement un système où la richesse se transmet sous forme de biens immobiliers ? Pourquoi continuer à cautionner le train de vie dispendieux de l'État français alors que nos entreprises, le vrai moteur de l'innovation et de la création d'emplois, manquent de financement ?
Il est temps de passer d'une épargne passive à une épargne productive, d'une culture de rentier à une culture d'investisseur.
L'exemple américain : quand l'épargne finance les entreprises
Les États-Unis ont montré qu'une allocation de l'épargne tournée vers les entreprises crée un cercle vertueux : plus de financement permet aux entreprises d'innover plus rapidement, de créer plus de richesse et plus d'emplois, ce qui bénéficie deux fois aux citoyens américains : moins de chômage et plus de croissance de leur patrimoine.
Le contraste est saisissant : là où les ménages français n'investissent qu'environ 6 % de leur épargne en actions, les ménages américains y consacrent près de cinq fois plus. En dix ans, l'épargne des ménages français a rapporté en moyenne 2,6 % par an, à peine au-dessus de l'inflation, qui s'établit à 2 %. Pendant ce temps, un épargnant américain a obtenu en moyenne 5,4 % de rendement, grâce à une allocation beaucoup plus importante en actions.
Sur dix ans, cet écart représente une perte de 4 000 milliards d'euros pour les Français, soit 130 000 € par foyer : c'est colossal !
Le choix structurel qui explique la puissance du capital américain
Ce choix structurel explique en partie la capacité des entreprises américaines à attirer des capitaux abondants, à investir, à innover et à redistribuer massivement de la valeur à leurs actionnaires. Dans un monde où les États voient leur dette et leurs contraintes augmenter, tandis que de nombreuses entreprises internationales deviennent plus solides financièrement année après année, la Grande Transmission pourrait marquer le passage d'un patrimoine figé à un capital vivant.
Plus qu'une question de fiscalité ou de transmission, il s'agit d'un choix de société : celui de transformer une situation patrimoniale inédite en levier durable de croissance et de prospérité.








