

"L'école va enfin parler d'argent. Et c'est une excellente nouvelle"
Depuis la rentrée 2026, l'éducation financière est désormais enseignée dans les collèges français grâce à la généralisation du Passeport EDUCFI à l'ensemble des élèves de quatrième.
Car derrière les notions d'épargne, d'inflation, de retraites ou d'investissement se cache un constat simple : nous passons notre vie à prendre des décisions financières sans jamais avoir réellement appris à le faire.
La première chose que l'on devrait enseigner à nos enfants est peut-être la plus importante : il n'est jamais trop tôt pour investir intelligemment et laisser le temps faire son œuvre. Prenons un exemple très simple. Un enfant qui reçoit 1 000 euros à sa naissance puis bénéficie d'un versement de 100 euros par mois investis sur les marchés financiers avec un objectif de performance nette de 7 % par an pourrait disposer de plus d’un million d’euros à 60 ans. Sa famille n'aurait pourtant versé qu'environ 73’000 euros. Le reste proviendrait essentiellement du temps et des intérêts composés.
En revanche, si cet enfant attendait ses 18 ans pour commencer exactement le même effort d'épargne, le capital obtenu à 60 ans serait inférieur de plusieurs centaines de milliers d'euros (300'000 euros versus plus d’un million d’euros). Les premières années sont celles qui créent le plus de valeur, précisément parce qu'elles sont celles où l'argent travaille le plus longtemps. Comprendre cette mécanique dès l'adolescence pourrait changer durablement la manière dont une génération entière construit son patrimoine.
La deuxième chose à enseigner est que tous les placements ne se valent pas. Chaque placement a son utilité, mais leur pertinence dépend avant tout de l'horizon d'investissement. Pour financer un projet dans quelques années ou sécuriser une partie de son patrimoine, les placements prudents ont toute leur légitimité. Mais lorsqu'il s'agit d'investir sur plusieurs décennies, l'histoire économique montre qu'une classe d'actifs se distingue clairement : les actions.
Depuis sa création, le CAC 40 dividendes réinvestis a délivré une performance proche de 7 % par an après prise en compte des frais de gestion les plus couramment observés. Malgré les crises, les récessions, les krachs boursiers, les pandémies ou les tensions géopolitiques, les investisseurs patients ont historiquement été récompensés.
Il existe une raison simple à cela : les actions sont le seul placement directement indexé sur la croissance économique et capable de protéger de l’inflation. Lorsque les entreprises innovent, recrutent, gagnent de nouveaux marchés et créent davantage de richesse, leurs actionnaires en bénéficient également. Elles offrent simultanément un potentiel de croissance du capital et des revenus via les dividendes.
La troisième chose que nos enfants devront comprendre concerne leur retraite. La France repose principalement sur un système de retraite par répartition. Les actifs financent directement les pensions des retraités. Ce modèle a longtemps fonctionné grâce à une démographie favorable. Mais les équilibres ont profondément changé. Dans les années 1970, on comptait environ trois actifs pour un retraité. Aujourd'hui, ce ratio est proche de 1,7. Lorsque les enfants qui naissent aujourd'hui approcheront de l'âge de la retraite, les projections démographiques suggèrent qu'il pourrait continuer à se dégrader. Autrement dit, les générations actuelles auront probablement davantage besoin de leur propre épargne pour financer leur niveau de vie à la retraite.
La quatrième chose à enseigner est que l'État ne pourra probablement pas compenser seul cette évolution. La dette publique française a dépassé les 3 500 milliards d'euros et représente désormais plus de 110 % du produit intérieur brut. Depuis plusieurs décennies, les finances publiques sont structurellement déficitaires. La France n'a plus dégagé d'excédent budgétaire depuis le milieu des années 1970. Cette réalité ne relève ni du pessimisme ni d'un choix idéologique. Elle signifie simplement que les marges de manœuvre futures seront plus limitées qu'elles ne l'ont été par le passé. Les nouvelles générations devront donc davantage compter sur leur capacité à épargner et bien la gérer.
Heureusement, il existe également une bonne nouvelle. La France s'apprête à connaître la plus importante transmission patrimoniale de son histoire. D’ici 2040, plus de 9000 milliards d'euros devraient être transmis par les générations du baby-boom à leurs enfants et petits-enfants.
Cet héritage constitue une opportunité historique. Mais il pose également une question fondamentale : saurons-nous l'utiliser efficacement ?
Une part importante du patrimoine des ménages français demeure aujourd'hui investie dans l'immobilier ou dans des placements sécurisés avec peu de rendement. Ces supports ont naturellement leur place dans une stratégie patrimoniale équilibrée. Mais les générations qui recevront cet héritage devront aussi apprendre à diversifier davantage leur capital vers les entreprises, l'innovation et les actifs de croissance.
Au fond, c'est peut-être cela le véritable objectif de l'éducation financière : apprendre que la richesse durable ne se construit pas en cherchant à prévoir les marchés ou à s'enrichir rapidement, mais en comprenant quelques principes simples, en investissant régulièrement et en laissant le temps travailler.
Espérons maintenant que la qualité de cet enseignement sera à la hauteur des enjeux qui attendent nos enfants. Car dans le monde qui les attend, savoir lire, écrire et compter restera indispensable. Mais savoir épargner, investir et préparer son avenir le sera tout autant.








